Portrait E

Kaléidoscopie, cœur lumineux en forme d’étoile à 7 branches. Les bords des branches sont vert bouteille. Chaque branche se termine par une forme qui évoque une fleur de lys vert bouteille. Sur le contour, 7 demis-cercles décorés d’un motif vert et marron évoquant une salade feuille de chêne. Entre chaque demi-cercle, des formes ovoïdes se terminant par une corne en spirale pointent vers le centre de la kaléidoscopie.

Elle marche dans la rue, zigzague entre les passants. Ils semblent se jeter sur elle à chaque virage. Ou alors c’est elle qui se rue dans sa rage ? Un pas de côté, elle bute sur un coin de trottoir. Le bout de sa chaussure se prend dans une entaille et c’est la chute. Réflexe. Se replier. Présenter son épaule au sol, bras croisés, tête rentrée, s’enrouler et se dérouler sur le macadam pour limiter la casse. Elle n’a plus besoin d’y réfléchir. Elle se relève, vérifie que ses membres fonctionnent, s’époussette et se remet en route.

Elle arrive à destination. Un porche, une porte verte à la peinture écaillée. Et bien sûr, un digicode. Elle serre les mâchoires inconsciemment, tape le code une première fois. Rien, ni bip ni lumière. Resserrement de dents. Deuxième essai, elle vérifie sur son téléphone le message. C’était pourtant le bon. Elle recompose, avec un rythme plus régulier. Biiip. OK, la porte s’est entrouverte. Elle pousse. Il fallait tirer. Ses doigts de pieds se sont recroquevillés dans ses bottes noires. 3e tentative, tac-tac-tac-tac-tac-tac biiiip Schlok pousse. Merde !!!! Elle vient de recommencer la même séquence erronée, c’est pas vrai ces réflexes ! C’est reparti tactactactactactacbiiipschlok-tirer. Et voilà ! L’ascenseur maintenant. Elle appuie sur le bouton, traîne ses bagages jusqu’à l’un des 2 ascenseurs. Évidemment, c’est l’autre qui arrive. Elle attrape le sac, la valise, les portes se referment sur ses flancs au moment où elle les passe. Ses poings se serrent. OK, 6e étage à gauche. Elle ressent un pincement pendant la montée. Elle perd pied, l’ascenseur se stabilise, elle s’appuie sur la poignée de sa valise, charge le second sac sur son dos, sort à reculons et bam, nouvel étau de l’ascenseur. Nouvelle ouverture. La valise décide de se coincer une roue dans la rainure entre le sol du 6e étage et l’intérieur de l’ascenseur. Elle tourne, pousse, tire, sue, jure. La roue lâche, le manche de la valise rebondit contre ses dents. Une dernière secousse et c’est le couloir, enfin.

Elle arrive devant l’appartement. La carte-clé est au fond de son sac, à moins que ce soit dans cette maudite valise ? Elle fouille dans la première poche, rien. Elle s’y attendait. La 2e poche est plus large, trop large. Elle sent les objets au fond du bout des doigts. Un petit étirement de plus. La bretelle glisse et le sac avec. De surprise et, il faut l’avouer, de guerre lasse, elle lâche la valise et le sac à main dont le contenu se répand sur le sol. Elle aperçoit la carte. La lumière s’éteint. Elle tâtonne jusqu’à un interrupteur à la faible lumière de secours, l’actionne, se saisit du précieux sésame qu’elle glisse dans la fente prévue à cet effet, côté inverse mais qui cela surprend ? Le second essai est le bon.

Elle entre, s’installe et s’écroule sur le canapé qui l’attend.

Elle voit le monde en répétition, ses actes dupliqués, le code de ses journées en permanence testé et ajusté. Tout prend plus de temps. Les objets lui résistent. Son système refuse de dégager des patterns, elle apprend de ses essais-erreurs la multiplicité des solutions. Ses représentations s’élargissent de toutes les possibilités. Elle ne parvient pas à en dégager aucune préférence d’action.

Simplement, une clé lui manque.

Portrait E, femme repousse-objets

Kaléidoscopie sagittale et longitudinale (2021)

Série « en action »

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3 thoughts on “Portrait E3 minutes de lecture

  1. Alors là c’est exactement le genre le truc qui arrive quand on se retrouve dans une boucle de la vallée des ombres. C’est comme de la boue de la vase ça colle on est colle dans un sable mouvant plus on bouge plus on fit plus on s’enfonce dans ce truc. Colle si le monde s’était ligue pour nous agresser. Désormais j’ai la solution contre intuitive, c’est stop. C’est d’ailleurs ce que j’ai envi de lui crier arrêté toi. Fait toi toute molle disparaît laisse la vue te pénétrer. Respire et ça ira mieux. J’appelle cela faire le crocodile des fois il faut faire le crocodile un certain temps😊

  2. Bonsoir Elfe ! Je (re)découvre ton univers à travers tes commentaires. Pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus, venez rencontrer les personnage D’Elfe sur son site. Vous y trouverez entre autres des personnages et leurs histoires, des techniques de dessin et mise en couleur et de créativité.

    Qui sait si la technique du crocodile fonctionnerait pour ma personnage ! Souhaitons lui de trouver ta clé et de l’ajouter à son trousseau 😉

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